L’Eurasienne #5 : le passage des Alpes

De Grenoble vers le Vietnam avec des selles Barefoot, l’Eurasienne #5
(voir la carte : https://www.ffe.com/cartographie/eurasienne/carte/index.html )

Même si je vis depuis cinq ans au milieu des Alpes, je suis toujours surprise et émerveillée par ces paysages montagneux qui diffèrent chaque jour. Ce passage a été un des plus difficile physiquement mais tellement beau. 

Pour le passage des Alpes, nous décidions que ce serait Ramsès, le cheval de Flavien qui porterait le matériel la majorité du temps. En effet, étant donné que nous avions récupéré Vagabon, notre Fjord, il y a peu de temps, je voulais qu’il habitue très progressivement ses sabots sans lui mettre de grosse charge dès le début. Le dénivelé très important, nous oblige à parcourir les sentiers à pieds, à côté des chevaux. Le nombre de kilomètres journaliers est compris entre 8 et 12 km étant donné les gros dénivelés. Les premiers jours, le climat est à notre avantage. Nous rencontrons quelques petites pluies mais rien de pénalisant. Nous campons près des lacs de montagne ou dans les plaines avec des ruisseaux afin d’avoir de l’eau pour les animaux. Nous mangeons des boîtes de conserves que nous avions achetées dans la vallée. La nuit, les chevaux sont majoritairement en entraves et donc en semi-liberté. Ils restent autour de notre tente. Il n’y a plus de bruit de voitures et nous pouvons parfois passer plusieurs jours sans croiser personnes. La sensation de liberté est agréable et apaisante. Nos yeux voient loin et nous contemplons de multiples couleurs offertes par la Nature. Une fois arrivés à l’Alpes du Grand Serre, nous avons la grande surprise de pouvoir mettre nos chevaux dans un pré communal gratuitement. Ce qui nous a permis de relâcher notre attention sur les animaux, de nous reposer et d’aller manger en amoureux, un vrai repas !

En discutant avec les quelques habitants de la station, nous apprenons qu’une tempête se prépare et les habitants nous conseillent d’emprunter un chemin en particulier afin d’atteindre le Taillefer. En effet, certains sentiers sont infranchissables car de gros arbres sont tombés en travers. Nous redessinons le parcours en écoutant les conseils des locaux.

Le lendemain, nous décidons de partir tôt, le temps commence à se rafraichir et le ciel devient nuageux. Dès les premiers pas, le dénivelé se fait sentir. Le sentier pour arriver jusqu’au lac Fourchu est peu rocailleux mais contrairement aux informations que l’on avait reçu, de nombreux arbres étaient en travers de ce chemin. Nous passons plusieurs heures à essayer de dégager la route. Bien que l’on soit en période de canicule, les paysages traversés sont partiellement enneigés. Les chevaux et la chienne sont ravis de marcher dans la neige fraîche alors qu’ils sont en plein effort. Nous faisons tout de même attention qu’ils n’en ingurgitent pas trop pour éviter des éventuels désagréments qui pourraient leur être fatals (choc thermique, colique,…). Lorsque nous arrivons enfin au lac Fourchu, il est écrit sur une pancarte que les cavaliers et leurs chevaux sont interdits… Nous décidons de camper dans la plaine 2 km plus loin.

C’est à partir de cette étape que les choses se compliquent. Nous nous réveillons le lendemain dans un brouillard froid et humide, mais nous devons passer rapidement le Taillefer si on ne veut pas rester bloquer dans les tempêtes. Les chemins sont raides, et nous avons appris par la suite qu’ils n’ont jamais été empruntés par des chevaux. Ces passages ont été possibles selon moi car nos chevaux ne sont pas ferrés ; leurs appuis sont plus sûrs. De plus, les roches étaient tellement lisses qu’avec des fers les chevaux auraient glissés. Flavien ou moi devions constamment tester les chemins en amont afin d’éviter les crevasses car les sentiers et leur balisage étaient totalement effacés par la neige.

Quelques kilomètres avant notre prochaine étape, le chemin devient de plus en plus escarpé et glissant. Nous estimons qu’il est dangereux pour les chevaux d’escalader avec selles, sacoches et bât sur le dos. Nous décidons d’enlever toutes les charges et de les monter jusqu’aux plateaux du Taillefer en laissant les bagages sur le sentier. Cette décision nous a cassé le moral mais la vie de nos chevaux en dépendait, donc pas question de faire autrement. En remontant le sentier avec les chevaux à nus, nous croisons un sportif vêtu d’un rouge pétant qui redescendait la montagne dans la brume. J’avais l’impression qu’il tombait à pic. Il nous proposa son aide pour remonter les chevaux et le matériel car la nuit et la température tomberaient rapidement. En temps normal j’aurai refusé, mais étant donné la situation, nous avons accepté sans la moindre hésitation. Après une bonne heure d’aller-retour avec jusqu’à vingt kilogrammes sur le dos pour une caisse de bât, le coureur doit rentrer chez lui car la nuit tombe. Deux heures après son départ, nous réussissons à nous emmener sur le plateau des lacs du Taillefer. Nous sommes au dessus de la brume et pouvons contempler le coucher de soleil. Bien que nous soyons physiquement épuisés, nous montons la tente dans la tourbière sous un vent gelé avoisinant les 80 km/h. Nous disposons le matériel contre la tente en l’utilisant comme paravent. Les chevaux restaient ensemble près du camp et Gaïa dans la tente. La nuit fut courte et agitée. Cette nuit là, le vent est monté à 120 km/h.

Au réveil, il y a toujours autant de vent. Nous décidons d’atteindre le refuge du Taillefer. Après quelques heures de marche, nous apercevons une Yourte dans laquelle nous rêvons d’aller nous réchauffer. Une fois arrivée, il se trouve que la yourte est privée et réservée. Le propriétaire nous autorise de planter la tente à côté et les chevaux sont toujours en liberté avec de l’herbe, de l’eau et des grains à disposition.

Cette dernière nuit dans les montagnes fût la plus gelée de toutes avec des températures inférieures à zéro degré. D’ailleurs, nos affaires ont gelé ! Le matin, le propriétaire nous offre le café : le meilleur café du monde. Cela fait deux jours que nous avons le ventre presque vide sans avoir la possibilité d’ingurgiter des aliments chauds car le vent empêche l’allumage du feu.

Le propriétaire du refuge nous annonce de grosses tempêtes pour les semaines à venir. Nous décidons de rejoindre la vallée de l’Oisans pour se reposer en Camping quelques jours avant de reprendre la route. Nous avons le choix de continuer à pied en traversant le Montgenèvre avec les risques liés aux tempêtes en montagne ou passer les Alpes en camion pour rejoindre l’Italie. Continuer à pied la route qu’on s’était fixée implique de mettre l’ensemble de l’équipe en danger. Le choix fût très simple. La sécurité avant tout. Une bonne équipe d’aventuriers est une équipe vivante !

Kim Rémy

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